Le personnel entraîneur du Canada reste fidèle au parasport

« C’est ce que le sport est censé être. »
Nathalie Séguin

Photo: L'entraîneure Nathalie Séguin rassemble son équipe au goalball masculin

SANTIAGO – Drew Ferguson, entraîneur en chef de l’équipe canadienne de football PC aux Jeux parapanaméricains de 2023, a joué 13 saisons comme joueur professionnel de soccer, puis a été entraîneur pendant quelques années avant d’être frustré par ce sport.

« Le joueur de football moderne tombe au sol et se roule pendant environ 20 minutes, vous essayez de l’aider à se relever et il fait “doot, doot” avant de se relever tout seul. »

En 2004, il s’est rendu à un camp de soccer pour personnes ayant un handicap et il a eu le coup de foudre.

« L’occasion s’est présentée. Je n’y connaissais pas grand-chose », dit Ferguson, qui en est à sa 18e saison avec l’équipe nationale de football PC (paralysie cérébrale), que l’on appelle parasoccer ou football à 7. « Je suis tombé amoureux de ce sport. Je n’en revenais pas de leur attitude positive face à la vie et de leur volonté d’apprendre. »

Plusieurs équipes canadiennes présentes aux Jeux ont à leur tête des entraîneuses et des entraîneurs de grande expérience qui n’ont jamais considéré leur poste comme un tremplin pour de futures occasions d’emploi.

« Je suis très fier de ces joueurs, de ce qu’ils font. Ce sont des gens extraordinaires », ajoute Ferguson, aujourd’hui âgé de 66 ans.

Andrzej Sadej a été l’entraîneur en chef de l’équipe nationale de judo du Canada dans les années 1990, qui comptait Nicolas Gill dans ses rangs et qui a remporté deux médailles olympiques. En 2014, il a repris avec hésitation le programme paralympique. Cette décision a changé sa vie.

« Quand on m’a demandé d’entrer dans le monde du personnel entraîneur de parasport, j’ai pensé que j’étais trop vieux », explique Sadej, âgé de 65 ans. « Mais j’avais l’expérience du niveau olympique et quand j’ai commencé, j’ai été happé. C’est un monde complètement différent, avec des gens formidables qui apprécient ce qu’ils reçoivent. Ils méritent vraiment autant d’attention que n’importe qui d’autre et ils ne l’obtiennent généralement pas. »

Sadej n’aurait pas pu demander mieux pour ce qu’il estime être une fin de carrière.

« Pour moi, c’est une expérience qui m’a ouvert les yeux et qui a changé ma vie. J’aime énormément ce travail et je suis très reconnaissant d’avoir l’occasion de le faire à la fin de ma carrière sportive. »

Nathalie Séguin est entraîneuse en chef de l’équipe masculine de goalball depuis 2016 et dirige également le programme de para-athlétisme à l’Université Laval à Québec.

« Il y a toujours un grand défi à relever dans le parasport », dit-elle. « Ce n’est jamais la même chose, chaque personne a une situation différente et c’est vraiment intéressant. On ne s’ennuie jamais et on a toujours envie d’aider la prochaine ou le prochain athlète qui se présente. »

Patrick Côté est entraîneur en chef de l’équipe canadienne de rugby en fauteuil roulant depuis sept ans et fait partie du programme depuis 2011.

« Ce qui me motive le plus, c’est de voir nos athlètes atteindre leur plein potentiel », raconte Côté. « Et ce n’est pas seulement en rugby en fauteuil roulant, mais aussi dans la vie de tous les jours. C’est tellement motivant de voir (des personnes ayant un handicap) sortir et circuler, devenir plus autonomes, puis atteindre des niveaux de performance sportive qu’elles pensaient ne jamais pouvoir atteindre. Cela leur donne une histoire de vie qui est très motivante. »

« Diriger une équipe entière comme celle-ci est tout simplement un grand privilège. »

Contrairement à Ferguson, Sadej, Côté et Séguin, Dejan Papic est un nouveau venu en parasport. Il a été entraîneur de tennis de table pour des athlètes n’ayant pas de handicap pendant 40 ans avant de devenir cette année l’entraîneur de paratennis de table du Canada. L’expérience l’a laissé stupéfait.

« J’ai découvert cette année que c’est peut-être ce que le sport est censé être », exprime Papic. « Beaucoup de gens au Canada ne le savent pas, mais le tennis de table est une affaire d’argent dans les ligues professionnelles. »

« Le parasport est plus orienté vers l’aide aux personnes, le développement, la recherche de sens. J’ai trouvé très gratifiant de travailler avec ces athlètes. »