Les coéquipiers de Travis Murao célèbrent ses réalisations sur le terrain et en dehors

Louis Daignault
01 octobre, 2026

Le quadruple paralympien en rugby en fauteuil roulant prend sa retraite de la compétition

Travis Murao, Santiago 2023 – Wheelchair Rugby // Rugby en fauteuil roulant Travis Murao in action as Canada takes on the USA in a preliminary match // Travis Murao en action alors que le Canada affronte les États-Unis dans un match préliminaire 21/11/2023
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TORONTO — Si le nom, la biographie et la photo de Travis Murao apparaissent en tête des résultats d’une recherche sur Google en tapant « coéquipier », ce ne serait pas surprenant pour toutes les personnes ayant joué avec lui au cours de sa carrière en rugby en fauteuil roulant qui s’est étalée sur plus de 20 ans.

« C’était le gars vers qui tout le monde allait, celui qui créait la bonne ambiance nécessaire dans chaque équipe qui a du succès », affirme Zak Madell, son coéquipier de longue date. « Sa présence va nous manquer, que ce soit sur le banc, sur le terrain, dans les vestiaires ou lors des trajets en autobus. »

Murao, un quadruple paralympien originaire de Steveston, en Colombie-Britannique, qui réside aujourd’hui à Toronto, a officiellement annoncé sa retraite de la compétition.

La bonne nouvelle : il restera très impliqué dans le sport.

Murao est actuellement entraîneur adjoint de l’équipe féminine canadienne de rugby en fauteuil roulant et son emploi à temps plein est celui de coordonnateur technique pour le rugby en fauteuil roulant au sein de l’Ontario Para Network.

L’été dernier, Murao faisait partie de l’équipe canadienne qui a participé aux championnats du monde de rugby en fauteuil roulant. Il a réalisé une performance remarquable à ce tournoi et il a été nommé joueur canadien du match lors de la dernière rencontre.  

À 43 ans, Murao avait entamé ce cycle paralympique avec l’intention de se rendre aux Jeux de 2028 à Los Angeles.

« J’espérais que cela durerait pour toujours, ou du moins jusqu’à Los Angeles », indique Murao. « Mais particulièrement ces deux dernières années, avec toutes ces blessures et en voyant la croissance du programme, je sais qu’il y a beaucoup de jeunes athlètes qui sont prêts à me remplacer. »

« C’est tout simplement le moment opportun. »

Murao est connu pour son sens de l’humour et sa soif de connaissances. Il a autrefois tenu un blogue sur le rugby en fauteuil roulant et a participé à la websérie humoristique « Wheelchair Rugby Talk with Trev n’ Trav », aux côtés de son coéquipier Trevor Hirschfield, qui est maintenant l’entraîneur de l’équipe nationale.

« Il pouvait remonter le moral de ses coéquipiers après une défaite difficile ou les distraire pour qu’ils ne concentrent pas leur attention sur ce qui s’est passé », se souvient Madell. « C’était tout simplement un plaisir de passer du temps avec lui. Sur la route, il nous invitait à regarder des matchs ou à jouer aux cartes dans sa chambre ; j’en garde de bons souvenirs. Et maintenant, c’est formidable de le voir dans ses fonctions d’entraîneur. »

La passion de Murao pour la langue et le rugby en fauteuil roulant l’a orienté vers Tucson, où il a étudié la littérature anglaise à l’Université d’Arizona. Là-bas, il a remporté le championnat national de l’US Quad Rugby Association avec l’équipe des Pterodactyls de Tucson.

« Il avait toujours quelque chose à raconter », affirme Madell. « Parfois c’était intéressant. Il faisait des digressions sur l’histoire ou sur la mythologie grecque parce qu’il avait entendu quelque chose dans un balado, c’était assez remarquable. »

Après s’être blessé dans un accident de planche à neige, Murao a découvert le rugby en fauteuil roulant en 2000 grâce à Duncan Campbell, un des inventeurs de ce sport. En enseignant les habiletés techniques et les compétences de vie à une jeune personne en situation de handicap, Campbell est devenu son mentor.

« J’ai été très chanceux d’être encadré et de jouer avec certaines des figures les plus emblématiques du rugby en fauteuil roulant », déclare Murao. « Pouvoir partager cet amour du jeu et toutes les connaissances acquises au fil des années, c’est l’un des aspects les plus importants du rôle de vétéran au sein de l’équipe. »

Aujourd’hui, Murao est prêt à partager son expertise avec la nouvelle génération de joueurs de rugby en fauteuil roulant et de para-athlètes.

Il occupe actuellement le poste d’entraîneur adjoint de l’équipe nationale féminine. L’entraîneur-chef n’est autre que son coéquipier de longue date, Patrice Dagenais.

« C’est un très bon communicateur », affirme Dagenais, qui, tout comme Madell, a joué avec Murao lors de ses quatre participations aux Jeux paralympiques. « Il connaît très bien ce sport. C’est facile pour lui de partager ses connaissances et de donner des explications claires aux joueuses. »

« En tant que joueur, il a utilisé ses habiletés tactiques et son intelligence en vue de trouver des façons de contribuer sans nécessairement être l’athlète le plus grand ou le plus fort sur le terrain. Et bien sûr, en dehors du terrain, il était le coéquipier qui savait apporter de la légèreté. »

Pour Murao, rejoindre les rangs des entraîneurs est une évolution naturelle de sa carrière.

« Je suis très enthousiaste à l’idée de passer à la prochaine étape de ma vie », s’exclame-t-il. « Je veux voir ce sport continuer de croître et, pour ce faire, nous devons aussi continuer à développer le pendant féminin du jeu. »

Son père Phil, récemment décédé, a été un pilier dans sa vie. Il est né en 1944 dans un camp d’internement japonais en Colombie-Britannique. Tout ce que possédait sa famille avait été confisqué. Sa grand-mère a élevé ses sept enfants dans des conditions difficiles.

« Voir mon père surmonter tout cela et élever notre famille de façon à ce que je puisse réaliser mes rêves comme il n’a pas pu le faire lui-même, c’est très important pour moi », a confié Murao au CPC en 2024.

« Porter la feuille d’érable pour concourir au sein de notre équipe nationale, c’est pour moi une grande source de fierté. »

Murao a fait partie de l’équipe canadienne médaillée d’or aux Jeux parapanaméricains de 2015 à Toronto. Cette victoire face aux États-Unis a permis au Canada d’obtenir une place au tournoi des Jeux paralympiques de 2016 à Rio.

En 2012, à ses premiers Jeux paralympiques, le Canada avait également battu les États-Unis en demi-finale avant de conclure le tournoi avec une médaille d’argent.

Il dit que c’est ce lien spécial qui unit les membres d’une équipe nationale qui lui manquera le plus.

« Il n’y a rien de mieux que de faire partie d’une équipe et de voyager dans le monde entier pour représenter son pays en compagnie de ses meilleurs amis », ajoute-t-il.

Après plus de 20 ans, Murao a peut-être quitté le terrain, mais il n’a pas abandonné le sport.

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