Avant le podium : là où naît la conviction 

« C’est à ce moment-là que j’ai compris que ce sport était fait pour moi. Que c’était ce que j’étais destinée à faire. »

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La première difficulté à laquelle Leanne Taylor a dû faire face après son accident de vélo n’avait rien à voir avec le sport : c’était de réussir à s’habiller.  

« Je me souviens que je me disais en apprenant à enfiler mon pantalon, assise dans mon fauteuil roulant, que c’était vraiment difficile, raconte-t-elle. Qu’est-ce qui pourrait me donner envie de mettre un pantalon? » 

On ne s’attendrait pas à ce qu’une telle question ouvre de nouvelles perspectives. Pourtant, c’est ce qui s’est produit pour Taylor. 

Dans les semaines qui ont suivi son accident, elle a découvert à quoi sa vie pouvait ressembler. Elle a supposé que les sports qu’elle aimait, la natation, le cyclisme, la course à pied, appartenaient désormais au passé.  

Dans les semaines qui ont suivi son accident, elle a essayé d’imaginer à quoi sa nouvelle vie pouvait ressembler. Avant sa blessure, le sport occupait une place très importante dans sa vie. Athlète passionnée et animée par l’esprit de compétition, elle adorait se lancer des défis, que ce soit en natation, en course à pied ou en cyclisme. Convaincue qu’elle ne serait plus en mesure de s’adonner à ces activités, elle a craint d’avoir perdu une partie de son identité. 

Et puis, dans le cadre d’un programme de mentorat entre pairs, plusieurs paralympiennes et paralympiens sont venus lui rendre visite à l’hôpital et lui ont fait découvrir le parasport. 

Ils n’étaient pas là pour la convaincre. Ils lui ont simplement fait entrevoir la possibilité de s’essayer au parasport, voire de prendre part à des compétitions. « Ils m’ont dit : “Ça pourrait être une option pour toi”, se remémore Taylor. Pour moi, c’était tellement crucial d’avoir quelqu’un qui puisse, en quelque sorte, me servir de modèle. » 

Le soir même, sa sœur et elle ont pris leur téléphone pour faire leurs recherches : elles ont cherché sur Google les sports figurant au programme des Jeux paralympiques, puis ont consulté les profils d’athlètes sur Instagram pour voir à quoi ressemblait leur quotidien. Des femmes en train de nager en eau libre. De faire du vélo. De filer à toute allure en fauteuil de course. Toutes les activités que Taylor croyait désormais impossibles pour elle.  

« La vie qu’elles mènent a l’air tellement géniale », se souvient-elle avoir pensé. 

Et c’est comme ça qu’elle s’est mise au paratriathlon. Natation, vélo, course à pied, c’est un sport qui lui permettait de faire tout ce qu’elle aimait, et qui a fini par l’amener à concourir au plus haut niveau.  

C’est aussi comme ça qu’elle a rencontré Carolyn Murray, l’entraîneuse qui allait être à ses côtés pendant les Jeux. 

Taylor n’avait aucune idée de la façon dont ce sport fonctionnait en pratique. « Comment est-ce qu’une personne en fauteuil roulant nage dans l’océan? Comment est-ce qu’elle monte sur son vélo après l’épreuve de natation? » se souvient-elle s’être demandée. Murray l’a appelée et lui a tout expliqué, de A à Z. Taylor a ensuite commencé à s’entraîner seule, à improviser ses séances et à lui faire part de ses progrès. Lorsqu’elle repense à toutes ces séances d’entraînement, Taylor ne peut s’empêcher de rire du peu qu’elle savait de la préparation nécessaire à un paratriathlon.  

Murray a alors commencé à programmer de véritables séances d’entraînement. Quelques mois plus tard, elle a repéré une course prévue en mars, en Floride, qui permettrait à Taylor d’obtenir sa classification, une étape indispensable pour participer à des compétitions de haut niveau.  

Pouvoir compter sur une entraîneuse capable de consacrer autant de temps à une athlète débutante n’a rien d’un hasard. Il n’existe pas de recette toute faite pour accompagner une personne qui découvre un sport et dont le corps fonctionne différemment de celui des autres athlètes. Murray apprenait elle aussi, aux côtés de Taylor, au fil des appels et des séances d’entraînement, alors qu’aucun résultat ne venait encore témoigner de leurs efforts. C’est précisément ce type d’encadrement que la Fondation aide à financer, bien avant les premiers résultats de l’athlète 

Taylor s’était blessée en juillet de l’année précédente. Elle n’était pas sûre d’être prête. Elle n’avait jamais nagé en eau libre. Elle a roulé à l’extérieur pour la première fois lors de la reconnaissance du parcours de la course et s’est mise à pleurer. « C’était tellement chouette, raconte-t-elle. J’étais si heureuse de pouvoir à nouveau monter sur un vélo. » 

Elle a pris le départ avec un seul objectif : franchir la ligne d’arrivée. « C’est à ce moment-là que j’ai compris que ce sport était fait pour moi. Que c’était ce que j’étais destinée à faire. » Accompagner une athlète depuis ses premiers pas hésitants jusqu’à la ligne de départ d’une compétition à l’étranger : voilà le travail de terrain que soutient la Fondation paralympique canadienne en finançant les programmes qui rendent possible une première participation à une compétition. 

À peu près au même moment, Kristine Cowley lui a également rendu visite dans le cadre du même programme de mentorat entre pairs. Cowley est chercheuse, mère de jumeaux nés après sa blessure, et paralympienne. Elle non plus n’avait pas de discours préparé. Elle a simplement montré à Taylor à quoi pouvait ressembler une vie bien remplie. 

« C’était tellement important que quelqu’un vienne me montrer tout ça, explique Taylor. Je me suis alors dit que je pourrais peut-être, moi aussi, avoir une vie comme celle-là. » 

Rien de tout cela n’a rendu la pratique de ce sport plus facile. Le paratriathlon est un sport encore jeune et il n’y a pas toujours un(e) expert(e) qui a déjà résolu LE problème qui vous concerne. Chaque athlète a un corps différent et configure son équipement légèrement différemment. Dès ses premiers entraînements, Taylor a donc dû apprendre à se fier à son propre jugement plutôt qu’à l’expertise des autres. « J’ai dû apprendre à me faire confiance, parce que je ne pouvais pas toujours compter sur une personne experte, ajoute-t-elle. Je pense que cet apprentissage a été la partie la plus difficile. » 

Elle a aussi constaté que le parasport progresse surtout grâce aux personnes qui le pratiquent et qui transmettent leur expérience aux autres. 

Elle en a eu une illustration très frappante lors d’un triathlon local, sa dernière course de préparation avant les Jeux paralympiques de Paris 2024. Une jeune fille de cinq ans atteinte du spina-bifida avait fait la route depuis la Saskatchewan dans le seul but de la rencontrer et l’a invitée à faire une course avec elle. « Elle avait du cran! », a remarqué Taylor. Faire la course contre une enfant de cinq ans, juste avant la plus grande compétition de sa vie, lui a permis de remettre les choses en perspective. Le parasport peut aussi être cela : une chaîne de mentorat où les athlètes transmettent leur expérience et finissent, à leur tour, par rendre visite à une personne hospitalisée pour lui ouvrir de nouvelles perspectives. 

Rien de tout cela ne s’est produit de manière isolée. Il y a eu un appel pour expliquer le fonctionnement du sport. Un programme de mentorat entre pairs. Une entraîneuse qui a toujours répondu présente. Un travail essentiel, porté par plusieurs personnes et organisations, bien avant les premiers podiums. C’est ce travail que la Fondation aide à financer pour faciliter l’accès au parasport, bien avant que qui que ce soit ne songe à monter sur un podium. 

Dites-vous bien que : c’est bien avant le podium que naît la conviction – et que votre soutien peut changer les choses.   

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