Les Jeux paralympiques de 1976 ont échappé de peu à l’annulation
Le dirigeant paralympique Bob Steadward revient sur Toronto 1976, un tournant pour le mouvement paralympique
Le dirigeant paralympique Bob Steadward revient sur Toronto 1976, un tournant pour le mouvement paralympique
Photo : Le Dr Robert Jackson enlace Ludwig Guttmann, père du mouvement paralympique, lors de la cérémonie d’ouverture de Toronto 1976
OTTAWA – Les Jeux paralympiques de 1976 ont bien failli disparaître avant même d’avoir eu la chance d’entrer dans l’histoire.
Alors que l’Afrique du Sud avait été exclue des Jeux olympiques de 1976 à Montréal en raison de son régime d’apartheid, le Torontolympiad de 1976 pour les personnes handicapées a adopté une position différente, autorisant la participation de l’Afrique du Sud après que les organisateurs eurent déterminé que sa délégation était multiraciale.
Cette décision a provoqué une vive réaction, tant au Canada qu’au sein de la communauté internationale.
Huit nations se sont retirées de ce qui allait devenir les cinquièmes Jeux paralympiques, tandis que le gouvernement fédéral canadien a retiré environ 500 000 $ de financement. Même le premier ministre Pierre Trudeau a décliné l’invitation à participer à la cérémonie d’ouverture.
Les organisateurs sont alors passés en mode survie.
« Ces nations se sont retirées en raison du principe de l’apartheid et non pas tellement en raison de la délégation sud-africaine pleinement intégrée », a déclaré le Dr Robert Steadward, chef de mission de l’équipe canadienne et membre de la direction de l’organisation des Jeux. Steadward allait finalement devenir l’un des dirigeants les plus importants dans le développement du mouvement paralympique à l’échelle mondiale et jouer un rôle de premier plan dans le leadership du Canada au sein du mouvement paralympique.

Dr. Robert Steadward
Les Jeux paralympiques étaient au bord de l’annulation et les organisateurs ont dû se démener pour trouver de nouvelles sources de financement et sauver ce qui allait devenir un jalon important de l’histoire paralympique.
« C’était vraiment sur le fil du rasoir », a déclaré Steadward au Comité paralympique canadien (CPC) depuis son domicile d’Edmonton. « Nous étions très stressés et nous devions faire tout notre possible pour recueillir les fonds nécessaires à la tenue des Jeux. »
Sous la direction du Dr Robert W. Jackson, président de la Fédération internationale des Jeux de Stoke Mandeville à l’époque, les bénévoles ont consacré les quatre à six derniers mois à obtenir des commandites, des dons ainsi que du financement des gouvernements provincial et municipal afin de maintenir les Jeux en vie.
« Le Dr Jackson a vraiment travaillé très fort pour s’assurer que l’argent serait au rendez-vous », a déclaré Steadward, qui a également été professeur, scientifique du sport, entraîneur et auteur au cours de son influente carrière. « Il ne voulait tout simplement pas que ces Jeux échouent de quelque façon que ce soit, pas plus que la Ville de Toronto. »
Les Jeux ont survécu à la crise et ont connu un énorme succès. Impressionné, le gouvernement fédéral a réaffecté le financement qu’il avait retiré à la création d’un nouvel organisme national pour les athlètes ayant un handicap, qui allait finalement devenir le Comité paralympique canadien en 1993.
En 1976, aucune entente ne prévoyait encore que les Jeux paralympiques et olympiques soient présentés dans la même ville hôte.
En 1968, par exemple, les Jeux olympiques avaient lieu au Mexique, tandis que les Jeux paralympiques se tenaient en Israël. En 1976, les Jeux olympiques d’hiver avaient lieu en Autriche, tandis que les Jeux paralympiques se déroulaient en Suède.
Le Dr Jackson, décédé en 2010, était toutefois déterminé à maintenir les Jeux au Canada. Lorsque Montréal a indiqué qu’elle n’était pas en mesure de les accueillir, il a insisté pour que les Jeux soient présentés dans sa ville natale et a accepté la responsabilité d’organiser les premiers Jeux paralympiques du Canada.
Mais obtenir les Jeux ne suffisait pas. Le Canada a insisté pour que la compétition soit élargie à un plus grand nombre d’athlètes ayant un handicap. Avant Toronto, les Jeux paralympiques étaient réservés aux athlètes en fauteuil roulant. À Toronto, des épreuves pour les athlètes ayant une déficience visuelle et pour les amputés ont été ajoutées.
L’expérience vécue par Steadward en 1976 a pratiquement scellé sa décision de consacrer sa vie au mouvement paralympique.
Il est devenu le premier président du Comité international paralympique (CIP) en 1989, poste qu’il a occupé jusqu’en 2001. Son nom figure sur le protocole d’entente conclu avec le Comité international olympique (CIO), qui a établi qu’une même ville accueillerait les deux événements.
« Après avoir vu ce qui s’était passé à Toronto en 1976, je me suis dit qu’il fallait s’assurer que les futurs Jeux paralympiques soient inclusifs et accessibles à tous les athlètes, peu importe leur handicap, au sein d’une seule organisation », a déclaré Steadward.
Cinquante ans plus tard, il considère Toronto 1976 comme un tournant.
« Nous sommes passés d’un modèle médical à un modèle sportif », a-t-il expliqué. « Nous sommes passés du statut de patients à celui d’athlètes de haut niveau respectés. »
L’importance de ces Jeux allait bien au-delà du sport.
« Quand je repense encore à cette époque, je réalise que nous formions une grande et merveilleuse famille. C’est ce que le mouvement paralympique représentait pour moi.
« C’était une famille. »
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