Cinquante ans plus tard, Arnold Boldt et Tim McIsaac se remémorent Toronto 1976

Louis Daignault
06 août, 2026

Les deux athlètes ont remporté plusieurs médailles pour le Canada

Arnold Boldt, Toronto 1976 – Para Athletics // Para-athlétisme. Arnold Boldt competes in highjump // Arnold Boldt participe au saut en hauteur. 08/1976.

OTTAWA – Il y a 50 ans, alors adolescents, Arnold Boldt et Tim McIsaac, légendes paralympiques canadiennes, faisaient leurs premiers pas dans l’univers mystérieux du sport international à l’Olympiade pour les personnes en situation de handicap de 1976. Cet événement est aujourd’hui reconnu comme la cinquième édition des Jeux paralympiques.

Pendant de nombreuses années, la plupart des Canadiennes et des Canadiens ne connaissaient probablement qu’un seul athlète en situation de handicap : Boldt, célèbre pour ses exploits au saut en hauteur.

Il a remporté sept médailles d’or aux Jeux paralympiques en seulement cinq participations. Le film Crossbar de CBC, sorti en 1978, s’inspire de l’histoire de Boldt.

‌À Toronto, Boldt, qui était âgé de 18 ans, a battu un record du monde. Plus tard, aux Jeux de 1980, il a de nouveau fait la une des journaux nationaux, car il a établi un autre record du monde avec un saut de 1,96 m. Lorsqu’il était dans l’équipe des Bisons de l’Université du Manitoba, il a également réalisé des performances époustouflantes : 2,06 m et 2,08 m au saut en hauteur. 

‌Pendant ce temps, McIsaac, un nageur ayant une déficience visuelle de Winnipeg, entamait une carrière exceptionnelle qui lui permettrait de devenir l’athlète paralympique du Canada le plus décoré avec 28 médailles à son actif. Ce record pourrait bien ne jamais être égalé.

Après le premier contact par courriel, Boldt a admis avoir été surpris de réaliser que 50 ans s’étaient écoulés depuis les Jeux qui avaient marqué le début de sa carrière internationale.

‌« Je me suis vraiment rendu compte que 50 ans s’étaient écoulés », déclare Boldt. L’athlète de 68 ans est né à Osler, en Saskatchewan, et vit maintenant à Saskatoon. « Ces Jeux ont eu une grande influence sur ma vie. Il s’est passé beaucoup de choses depuis, tant au niveau personnel qu’au niveau du Mouvement paralympique. »

McIsaac, qui a été interviewé pendant que sa femme conduisait pour se rendre à un rendez-vous, explique que ses souvenirs de 1976 lui reviennent souvent de manière inattendue.

« On écoute la radio satellite qui diffuse des chansons des années 70 et, quand j’entends une chanson de 1976, je suis immédiatement transporté à Toronto en pensée », dit McIsaac, qui a remporté cinq médailles à Toronto à l’âge de 17 ans. « Ça me ramène immédiatement à cette époque. »

« Cela me rappelle les trajets en autobus entre les résidences et la piscine, ainsi que la complicité entre les athlètes. »

‌Les médailles d’or qu’il a remportées au saut en hauteur et au saut en longueur ainsi que sa participation au sein de l’équipe masculine canadienne de volleyball assis du Canada constituent des moments mémorables. Cependant, selon Boldt, ce sont les amitiés qu’il a tissées qui restent ses souvenirs les plus précieux.

‌Boldt se souvient avec émotion de l’aide qu’il a apportée à un athlète canadien ayant une déficience visuelle (qui n’était pas McIsaac) à retrouver sa chambre dans le Village des athlètes de l’Université de Toronto.

‌« Je l’y ai accompagné et je lui ai expliqué le chemin », raconte Boldt, qui a pris sa retraite après une brillante carrière dans divers postes de direction et de gestion, principalement à la Saskatchewan Polytechnic et au Red River College Polytechnic.

« Puis nous sommes arrêtés devant le distributeur automatique et il m’a demandé ce qu’il y avait à boire. C’est ainsi que nous sommes devenus amis. »

‌Les Jeux de Toronto ont attiré un nombre record de 41 pays. ‌On comptait 1 271 athlètes (1 000 hommes et 271 femmes). Pour la première fois, le nombre d’athlètes dépassait la barre des 1000.

L’un des meilleurs souvenirs de Boldt est la cérémonie d’ouverture qui s’est déroulée devant 24 000 spectateurs à l’hippodrome Woodbine Racetrack.

‌« Nous avons attendu pendant des heures avant de pouvoir entrer », se souvient-il. ‌« Puis, nous sommes entrés dans le stade, j’en avais la chair de poule. C’était une expérience totalement nouvelle pour moi de représenter le Canada. »

‌Pendant ce temps, McIsaac avait tissé de nombreuses amitiés et il s’épanouissait au sein de l’équipe qui représentait la feuille d’érable.

McIssac rapporte que l’équipe comptait environ 18 athlètes ayant une déficience visuelle et que tout le monde se connaissait. ‌« On se réjouissait quand les gens avaient une bonne journée. Et si quelqu’un passait une mauvaise journée, on essayait de lui remonter le moral, car le lendemain, ce serait peut-être son grand jour. Les Jeux ont duré dix jours, mais ça a été intense », rapporte-t-il.

‌Avant les Jeux de Toronto 1976, Boldt et McIsaac n’auraient pas pu participer aux Jeux paralympiques. La Torontolympiade a été la première à accueillir des personnes ayant une déficience visuelle ou des amputations.

‌Cela a ouvert la voie à toute une génération d’athlètes et a permis au Mouvement paralympique de connaître un essor sans précédent.

‌« Enfant, je rêvais de pouvoir me mesurer à d’autres personnes ayant des amputations », raconte Boldt, qui a perdu sa jambe droite à l’âge de trois ans dans un accident à la ferme. ‌« Avant les Jeux, je n’avais aucune idée du niveau des autres. J’avais toujours participé aux compétitions d’athlétisme de mon école aux côtés de personnes qui n’avaient pas de handicaps. »

À Toronto, où le niveau des équipes internationales était très élevé, Boldt et McIsaac ont appris des techniques de leurs adversaires de partout dans le monde et ont constaté qu’ils avaient des parcours similaires.

« Plusieurs d’entre nous (les personnes amputées d’une jambe) avaient trouvé exactement la même technique pour sauter », explique Boldt. ‌« Personne ne nous l’avait enseigné. On l’avait découvert par nous-mêmes. »

McIsaac a ajouté que cela donnait déjà une idée du niveau de compétition à venir. Ces Jeux allaient pousser Tim McIsaac, ainsi que les responsables de son entraînement, Wilf et Audrey Strom, à révolutionner ce sport. Ces trois personnes ont introduit le virage-culbute et le tapement destiné à avertir les nageuses et les nageurs ayant une déficience visuelle que le mur est proche.

‌« J’ai été vaincu par deux types », admet-il. « Mais, j’ai gagné contre eux plus tard dans ma carrière. Quand j’étais à Toronto, j’ai réalisé que, si je voulais atteindre la première place sur le podium, je devais m’améliorer. »

‌Les deux athlètes sont impressionnés de voir à quel point le Mouvement paralympique a évolué depuis ces Jeux.

‌En 1976, les ressources financières étaient restreintes, tout comme l’encadrement sportif. De plus, la science du sport était pratiquement inexistante.

Boldt admet que ça manquait de professionnalisme. ‌« Personne n’avait vraiment d’expertise. On improvisait au fur et à mesure. Mon entraîneur et moi, on a fait des essais et l’on a appris ensemble.

Aujourd’hui, les para-athlètes sont vraiment de niveau professionnel. ‌Les athlètes bénéficient d’un meilleur encadrement, la science a progressé et les installations sont de meilleure qualité. »

‌« Les gens reconnaissent aujourd’hui que les athlètes paralympiques sont des athlètes incroyables. Ce sont des personnes compétitives, exigeantes et qui veulent gagner. »

Cependant, Boldt s’inquiète de la diminution des possibilités locales offertes dans certaines régions du Canada.

‌« Il nous faut un nouveau coup de pouce », indique-t-il. ‌« Les jeunes athlètes doivent s’engager activement. Je continue à me rendre dans les classes pour parler des Jeux paralympiques, car les élèves doivent savoir que c’est accessible à tout le monde. »

De son côté, McIsaac affirme que le parcours paralympique n’est pas encore terminé.

‌« Nous sommes beaucoup plus proches qu’avant », affirme McIsaac. ‌« Je suis satisfait de la situation actuelle, mais il reste encore du chemin à parcourir. »

Les deux athlètes reconnaissent que les Jeux de Toronto 1976 leur ont apporté bien plus que des médailles. Ils y ont tissé des amitiés durables et ont pu se lancer dans une carrière sportive internationale. Grâce à cette expérience, ils ont appris des leçons de vie importantes qui les ont guidés longtemps après la fin de leur carrière sportive.

‌« Parfois, je prends le temps de me souvenir que nous avons lancé un mouvement », dit McIsaac, qui a remporté une médaille d’or, deux d’argent et deux de bronze à Toronto et qui a été nommé athlète canadien junior de l’année en 1976. « J’espère que nous avons permis à des para-athlètes du monde entier de participer aux Jeux et que nous avons contribué à la réalisation leurs rêves. »

« Ce n’était pas seulement à propos de nous, c’était aussi d’ouvrir la porte aux para-athlètes qui nous succéderaient », ajoute Boldt.

Et cette porte demeure grande ouverte.

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